Je vieillis. Je le sais. Je le sens, surtout.
Tenez : avant, quand je faisais du sport, je ne m’en ressentais pas, ou guère. Maintenant, si j’en faisais, je suis sûr que j’en aurais pour des jours à me remettre après chaque séance. Heureusement, j’ai un instinct de conservation assez affûté qui me fait volontiers délaisser les activités traumatisantes pour d’autres beaucoup plus sereinement apaisantes. Concrètement, au lieu de me martyriser le fondement à faire du vélo comme un abruti je m’assouplis la gorge et le tablier abdominal en buvant de la bière.
Un autre indice de mon vieillissement avéré : je deviens humaniste. Enfin, pour être plus précis, ma misanthropie devient humaniste. Avant, je méprisais les gens juste parce qu’ils étaient des gens. C’était le pack de base, compris dans le prix hors options. Maintenant, pour détester mes contemporains, j’ai besoin de trouver de bonnes raisons. Ça me surprend moi-même, hein, rassurez-vous. Et de toute façon pas de panique, j’en trouve toujours, des bonnes raisons.
La dernière en date ? Le comportement en public. La parade permanente. L’obligation du paraître. Observez un crétin esseulé. Il se crée une carapace, dans son coin, reste volontiers ouvertement taciturne, manière de montrer qu’il faut pas trop jouer avec l’homme sous peine de retour de manivelle immédiat. Transposez avec du dédain si c’est une crétine. Observez maintenant (au moins) deux crétins esseulés qui se rencontrent ou, pire, se rejoignent : c’est parti pour la grande représentation. Se mettre en avant à tout prix, parler plus fort que l’autre, être le premier à sortir la bonne blague. Ne pas tenter de briller signifie ne pas être là. Laisser la vedette à l’autre équivaut à ne pas exister. Or le crétin n’imagine pas le monde tourner sans lui. D’où frénésie vocale, gestuelle, olfactive s’il le faut vraiment pour bien faire sentir aux autres crétins qu’il est là et bien là, le crétin.
Quand je suis confronté à ce genre de scène, et ça arrive trop souvent à mon goût, mon état d’esprit oscille entre la pitié et l’envie de faire souffrir. Avec une nette préférence pour la seconde option.
Si un jour vous voyez un crétin en groupe qui se comporte comme un crétin esseulé, évitez d’aller le saluer : ce sera sans doute moi.
Edit : je viens de trouver un nom à mettre là-dessus. Ça vient de me sauter en pleine gueule comme une évidence : “le syndrome Ruquier”.