Le livre du moment
Le 5 novembre 2006 à 23:13 par borniol
The crying of lot 49 - Thomas Pynchon
P.S. : merci à Pif pour l’idée, même si j’ai un peu adapté le concept, histoire de le rendre plus compatible avec mon rythme naturel de fonctionnement.

The crying of lot 49 - Thomas Pynchon
P.S. : merci à Pif pour l’idée, même si j’ai un peu adapté le concept, histoire de le rendre plus compatible avec mon rythme naturel de fonctionnement.
Je ne croyais que modérément à la Némésis, il y a encore peu. Voire pas, en fait. Mais il a bien fallu que je me rende à l’évidence : je me fourvoyais. Car je l’ai rencontrée. Elle m’est apparue par surprise sous les traits d’un petit bonhomme aux cheveux ras et l’anus probablement dilaté.
La scène se passe lors un mariage, à une table où sont réunies sept personnes de bonne compagnie. Et lui. Décrire les éléments à charge serait pénible et vain, je vous demande de me faire confiance. La seule description utile et valable du bonhomme tient dans cette phrase : essayez d’imaginer le plus grand crétin de la Terre, mais en plus bavard.
Je n’ai pas eu à l’imaginer : il fut mon voisin de table pendant quelques paires d’heures, et son seul objectif était visiblement de devenir mon meilleur ami.
Au secours. Rétrospectivement s’entend.
Je ne croyais que modérément au destin, il y a encore peu. Voire pas, en fait. Mais il a bien fallu que je me rende à l’évidence : je me fourvoyais. Car je l’ai rencontré. Il m’est apparu par surprise sous les traits d’un grand gaillard aux cheveux longs et aux mœurs discutables.
La scène se passe dans un bistrot comme seul le quartier de la gare du Nord est capable d’en produire : insipide et hors de prix. Une conversation à bâtons rompus s’est déclenchée depuis un bon moment entre six personnes de bonne compagnie. Et soudain une des six assène : ” Là-bas des chevelus y en a, mais pas assez”.
On aura beau me dire ce qu’on veut, on ne m’enlèvera pas cette certitude : il était né pour dire cette phrase, j’étais né pour l’entendre. Je crois raisonnablement que nous pouvons désormais mourir en paix, l’un comme l’autre.
Tout le monde peut se tromper, et malgré les apparences je ne suis guère meilleur qu’un autre. Donc j’avoue. La première fois qu’on m’a dit qu’un type qui se faisait appeler “The Bug” fabriquait de la musique à base de trucs dans des machins, et qu’en plus il entendait se faire épauler dans son entreprise par une ingénue nommée “Warrior Queen”, j’ai pouffé d’abondance.
Puis j’ai écouté.
P.S. : je poste ça pour le son, pas pour l’image, ne venez pas me chatouiller là-dessus.
Surtout quand je viens de redécouvrir que j’ai le CD de Salival, et qu’il me prend l’idée de l’écouter.
Allez, je ne suis pas chien, je vous livre un aperçu du bestiau.
Je vieillis. Je le sais. Je le sens, surtout.
Tenez : avant, quand je faisais du sport, je ne m’en ressentais pas, ou guère. Maintenant, si j’en faisais, je suis sûr que j’en aurais pour des jours à me remettre après chaque séance. Heureusement, j’ai un instinct de conservation assez affûté qui me fait volontiers délaisser les activités traumatisantes pour d’autres beaucoup plus sereinement apaisantes. Concrètement, au lieu de me martyriser le fondement à faire du vélo comme un abruti je m’assouplis la gorge et le tablier abdominal en buvant de la bière.
Un autre indice de mon vieillissement avéré : je deviens humaniste. Enfin, pour être plus précis, ma misanthropie devient humaniste. Avant, je méprisais les gens juste parce qu’ils étaient des gens. C’était le pack de base, compris dans le prix hors options. Maintenant, pour détester mes contemporains, j’ai besoin de trouver de bonnes raisons. Ça me surprend moi-même, hein, rassurez-vous. Et de toute façon pas de panique, j’en trouve toujours, des bonnes raisons.
La dernière en date ? Le comportement en public. La parade permanente. L’obligation du paraître. Observez un crétin esseulé. Il se crée une carapace, dans son coin, reste volontiers ouvertement taciturne, manière de montrer qu’il faut pas trop jouer avec l’homme sous peine de retour de manivelle immédiat. Transposez avec du dédain si c’est une crétine. Observez maintenant (au moins) deux crétins esseulés qui se rencontrent ou, pire, se rejoignent : c’est parti pour la grande représentation. Se mettre en avant à tout prix, parler plus fort que l’autre, être le premier à sortir la bonne blague. Ne pas tenter de briller signifie ne pas être là. Laisser la vedette à l’autre équivaut à ne pas exister. Or le crétin n’imagine pas le monde tourner sans lui. D’où frénésie vocale, gestuelle, olfactive s’il le faut vraiment pour bien faire sentir aux autres crétins qu’il est là et bien là, le crétin.
Quand je suis confronté à ce genre de scène, et ça arrive trop souvent à mon goût, mon état d’esprit oscille entre la pitié et l’envie de faire souffrir. Avec une nette préférence pour la seconde option.
Si un jour vous voyez un crétin en groupe qui se comporte comme un crétin esseulé, évitez d’aller le saluer : ce sera sans doute moi.
Edit : je viens de trouver un nom à mettre là-dessus. Ça vient de me sauter en pleine gueule comme une évidence : “le syndrome Ruquier”.
Ah ben ça, on peut dire que je serais mort con si je n’avais pas découvert ça.
Si jamais je dois être réincarné, je veux être Bruce Springsteen.
Reste plus qu’à trouver à qui envoyer la doléance.
Essayez de pratiquer n’importe quelle activité sportive à base de ballon ou de balle en jouant contre un mur. Vous pourrez déployer tout le talent que vous voudrez, toute l’énergie que vous pourrez et toute la volonté dont vous êtes capable, une chose est sûre : vous perdrez. C’est inéluctable. Quel que soit le coup que vous tenterez, du petit vicieux rempli d’effet au gros bourrin supersonique, le mur vous le renverra, parfois encore plus vicieusement ou plus fort que vous, défiant à l’occasion toutes les lois connues de la physique newtonienne.
Un mur, c’est large, haut, épais et omniprésent. Ça vous renvoie à vos chères études avec l’impavidité d’un chevalier Bayard en proie à une armée de danseuses en tutus roses. Pour autant, on a du mal à admirer un mur. On peut en reconnaître les qualités structurelles, le caractère indestructible et l’inamovibilité durable, mais on ne peut pas l’admirer. Tout au plus pourrait-on éprouver du respect pour le fait qu’un mur est un mur, justement, mais ça ne va pas plus loin. Peignez-le de couleurs vives, décorez-le avec des fleurs aux senteurs envoûtantes, saupoudrez-le de paillettes dorées : vous vous ferez toujours chier à jouer contre un mur, et vous n’éprouverez pas plus d’admiration pour lui.
Un mur, ça reste un mur. Sous la couche de peinture, c’est gris, ou rouge brique, ça porte parfois des impacts de balles bref : c’est triste à mourir. Déprimant. Pas jouasse.
J’aime pas Rafael Nadal.
Notez, on ne pourra pas dire qu’on n’était pas prévenu. Tenez, lisez la suite, à savoir un nouvel extrait de “Demain je le vends“, pour vous en convaincre.
“Ça y est, j’ai connu mon vrai premier moment de communion avec mon fils. Stupeur. Stupeur et joie, évidemment. Pour être honnête, ça n’était pas gagné d’avance : j’étais moi-même d’une humeur morose et Monsieur Bébé, quant à lui, était dans sa configuration habituelle, c’est-à-dire intrinsèquement et structurellement pénible, on ne peut même pas dire qu’il le fasse exprès. Le truc bath, depuis quelques jours, c’est qu’on peut le remiser dans une chaise haute, ce qui a la double vertu de le calmer, sans qu’on sache vraiment pourquoi, et de permettre à l’homme de quart de vaquer à certaines occupations, comme débarrasser la table ou vider/remplir le lave-vaisselle par exemple, ma vie est un roman d’aventure. On en était là, justement, quand, sans préavis, Monsieur Bébé se lassa brutalement de sa situation chancelante mais assise et se mit à faire ce qu’il sait faire le mieux, à savoir manifester bruyamment son désaccord.
Ma réaction fut ce qu’elle n’aurait pas dû être : je me suis mis à chanter, au lieu de hurler mon désarroi en traînant les noms de Dieu et de tous ses saints dans la fange putride de mon exaspération lasse. La nature humaine est parfois bizarrement faite. Toujours est-il que je mis à entonner gaiement le refrain de “Bite au cul Madame Bertrand”* avec la même énergie qu’aurait déployée un cochon cul-de-jatte lors d’un cent mètres face à sept lions affamés. C’est à cet instant que le miracle se produisit : Monsieur Bébé cessa d’un coup ses incantations pour me voir disparaître le plus vite possible dans d’atroces souffrances (c’est ainsi que j’interprète généralement ses borborygmes enragés) et se mit à rire franchement à mon écoute, la mine réjouie et empreinte de l’incrédulité de celui qui découvre que son ennemi de toujours peut être un chic type à l’occasion. Constatant mon début de victoire, j’entrepris alors de répéter l’opération, non sans marteler le rythme en claquant des mains, ce qui décupla le plaisir apparent de mon fiston définitivement vaincu. Nous avons continué ainsi pendant quatre refrains consécutifs, moi chantant et frappant des mains, lui riant et criant “BABA” en frappant frénétiquement de son petit poing la tablette de sa chaise haute.
Ce que j’ai ressenti alors ne doit pas être très éloigné du bonheur. Sans compter que visiblement j’ai trouvé un bon truc pour le calmer illico presto. Faudra que j’apprenne cette chanson à Madame Borniol : elle a toutes le peines du monde à le tenir dans la salle d’attente de l’assistante sociale, quand elle se rend aux convocations qu’on reçoit régulièrement. Je n’ai d’ailleurs jamais bien compris pourquoi cette assistante sociale tient à voir mon fils si souvent, et si longtemps à chaque fois. J’irai lui poser la question directement, un de ces jours.
* Pour ceux qui ne connaîtraient pas cette chanson, voici les paroles du refrain:
Bite au cul madame Bertrand
Vous avez des filles vous avez des filles
Bite au cul madame Bertrand
Vous avez des filles qu’ont l’cul trop grand
Elles ont le cul comme des marmites
Pour les enculer faut des grosses bites
Bite au cul madame Bertrand
Vous avez des filles qu’ont l’cul trop grand“